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CONAKRY ENVOYÉ SPÉCIAL Secrétaire générale de la Confédération générale des travailleurs de Guinée (CGTG), Rabiatou Serah Diallo est le symbole du syndicalisme guinéen. Opposante à l'ancien président Lansana Conté, mort le 22 décembre 2008 après 24 ans de pouvoir, elle a mené en 2006 le premier mouvement de grève générale du pays avant de récidiver en 2007. Le mouvement fut réprimé dans le sang par une partie de l'armée. A 9 heures par e-mail, recevez les titres du journal à paraître l'après-midi. Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts Sur le même sujet Des militaires putschistes paradent dans les rues de Conakry. Au centre, leur chef. Les faits Après le putsch de Conakry, condamnation internationale de principe mais soutien implicite Vidéo Les Guinéens ont enterré Lansana Conté Vidéo Une foule enthousiaste accueille les putschistes Vidéo INA En 1985, un an après le coup d'Etat de Lansana Conté Edition abonnés Fiche pays : Guinée Comment avez-vous accueilli l'annonce du coup d'Etat par une junte militaire ? Un coup d'Etat contre un cadavre n'est pas un coup d'Etat ! Les jeunes officiers du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement dirigé par le capitaine Dadis Camara) ont occupé un siège vacant. Le premier qui s'est jeté dessus l'a pris. Et nous, syndicalistes, nous nous réjouissons qu'il l'ait fait. Dieu merci, il n'y a pas eu d'effusion de sang. Parce qu'en apprenant la mort de Lansana Conté, j'ai vu arriver la guerre civile. A cause de l'ethnocentrisme qui règne au sein de l'armée. C'était à quel général allait prendre le pouvoir pour le profit de son ethnie ! Faites-vous confiance à Dadis Camara lorsqu'il déclare n'être là que pour assurer la transition démocratique ? Le CNDD a l'air flexible. Ses membres savent qu'ils ne doivent pas rester au pouvoir trop longtemps. Deux ans (le délai initialement avancé par le CNDD avant d'organiser des élections présidentielle et législatives), c'est trop long, un an suffit. La question est de gérer la transition démocratique avec quelques préalables : toiletter l'armée où subsistent des éléments incontrôlés, donner un visage civil au CNDD en lui confiant une mission claire ou constituer une autre structure, réformer la Constitution en rééquilibrant les pouvoirs au profit du législatif, définir le nombre et la durée des mandats présidentiels... Le CNDD nous a demandé de présenter des programmes de société. Mais c'est trop tôt. Il y a trop de problèmes de fond à la fois. Tout est prioritaire en Guinée et nous ne pouvons pas tout faire. Ne nous leurrons pas, ce n'est pas demain que les gens accéderont à l'eau, l'électricité, l'éducation, la santé... Tout en réglant la question de la corruption et du trafic de drogue. Donc la priorité, c'est de fixer l'échéance électorale - après avoir terminé le recensement (seulement un sixième des électeurs ont été enregistrés) - pour désigner des autorités qui géreront le développement. Ce n'est pas au CNDD de le faire. La population aura-t-elle la patience d'attendre ? Environ 70 % des Guinéens sont analphabètes. Il faut leur expliquer pour créer une motivation, une dynamique populaire. Il est difficile pour eux de croire de nouveau aux promesses. Ils veulent sortir du cauchemar qu'ils vivent et attendent des mesures concrètes. Mais les gens comprennent quand on leur explique. En 1984, Lansana Conté avait aussi promis de rendre le pouvoir rapidement. Or sa "transition" a duré 24 ans... Aujourd'hui, les consciences sont réveillées. Les événements de 2006 et 2007 ont montré que l'on peut revendiquer ses droits. Même si ce n'est pas le cas de tout le monde, beaucoup de gens n'ont plus peur. Comment entendez-vous participer à cette transition ? Il faudrait que nous - société civile, syndicats, partis politiques - soyons unis pour analyser sereinement la situation. Pour le moment, les partis politiques n'arrivent pas à s'entendre sur certains points, dont l'ordre des élections : certains veulent la présidentielle avant les législatives, ce qui, à mon sens, est une mauvaise idée. Mais nous, syndicats, et les représentants de la société, nous nous sommes déjà entendus. J'espère que les politiques nous suivront. Ils ne doivent pas oublier que s'ils sont les garants du changement, nous en sommes les acteurs. Si nous ne marchons pas en rangs serrés alors nous courrons le risque de subir un revers. Il y a un quasi-consensus en Guinée pour approuver le coup de force, pourtant la communauté internationale le condamne. Etes-vous surprise ? Il faut condamner toute prise de pouvoir par la force et les armes, même s'il n'y a pas d'effusion de sang. C'est une question de principe. Mais il faut également comprendre que la Guinée n'est pas un pays comme les autres. On ne peut pas parler de respect de l'ordre constitutionnel (le président du Parlement aurait dû succéder au président Conté) alors que cette Constitution n'était plus appliquée depuis cinq ans ; qu'elle était violée à plusieurs reprises. Mais il ne faut pas sanctionner ce peuple guinéen qui souffre et leur faire payer les actions de quelques nantis. Propos recueillis par Christophe Châtelot Le Monde 06/01/2009
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